Chucketnonchuck's Blog

Les organes de la médiocrité

Posted in fiction théorétique by chucketnonchuck on décembre 15, 2009

Je ne suis pas si incompétent que les gens veulent le faire croire.
J’étais à l’époque, back in the days comme ils disent maintenant, étudiant, jeune et même assez élégant. Je fréquentais l’université René-Daumal, dans la montagne, où je suivais parmi une centaine d’élèves triés sur le volet, tout un programme d’anthropologie appliquée, avec stages à la clé dans les fermes d’à-côté pour les meilleurs d’entre nous.
Le régent s’appelait Régent.
La grande construction à flan de montagne où nous suivions les conférences, les séminaires, nous l’appelions Le Centre.
Les cours nous les appelions modules de savoir. Les cours du soir s’appelaient modules de savoir-nuit.
Les modules de savoir-nuit étaient l’occasion pour nos professeurs d’inviter des professeurs de l’autre université, celle de l’autre montagne. Nos universités avaient des accords politiques mais  au fond nous détestions la pédanterie et la minauderie que nous entendions dans les mots de leurs éminences professorales. Ainsi, les modules de savoir-nuit n’étaient souvent pas pris par les étudiants avec le sérieux que l’on attendrait.
Comme ils se déroulaient tard la nuit, après le hululu de la chouette et que nos modules de la journée nous laissaient désoccupés assez tôt dans l’après-midi, nous profitions du creux de notre emploi du temps pour l’employer à boire. Nous puisions grâce à l’alcool le courage nécessaire à affronter ces cours insupportables, interminables, inextinguibles.
Je dois dire qu’à l’époque j’étais ivrogne, malade, mais comme tout le monde là bas, et d’ailleurs je ne m’en excuse pas.
Je le dis car ça n’est pas sans rapport avec ce qui doit venir maintenant.
Tout de suite.

I .Comment la porte s’est-elle ouverte?

Je ne sais pas.
Nous avions du, les camarades et moi trainer nos carcasses déséquilibrées par l’alcool à flan de montagne.
Je sais que ça se passait comme ça d’habitude:
D’habitude on arrivait au Centre les chaussures enneigées, on essuyait ses chaussures sur le paillasson. Souvent, on avait le verbe guilleret et l’on taquinait ceux qui n’étaient pas venus en guindaille avec nous.
“Ventres mous!”.
Mais cette fois ci, nul souvenir de notre arrivée.
Mon récit commence donc ici:
Je me rappelle avoir attendu devant la porte de l’amphi Régent 1. Cette porte s’est par la suite ouverte. Je suis entré.
Derrière le pupitre, sur l’estrade en marbre, se tenait un petit homme falot, les cheveux gris, son pantalon relevé très haut sur son ventre.
Sur le tableau, un nom était écrit, M. CHUSCHT. Je n’y prêtais pas attention toutefois car pour la première fois je n’étais pas assis à côté de mes amis et à ma droite se tenait un personnage étrange, encapuchonné, incognito en quelque sorte, répétant le même mouvement nerveux du bras gauche sur l’écritoire en bois que nous partagions. Il frottait.
Il y avait du chahut. Je cherchais des yeux mes camarades, quand l’homme prit la parole.

II. Où étaient mes amis?

“Silence, silence” a-t’il lancé dans le vent avec un fort accent de l’autre montagne. Un peu trop fort. J’y reviendrais.
“Je sais que vous êtes des étudiants en philosophie”, hurlements dans la salle (“en anthropologie appliquée, vieux con”), “et pour cela j’attends de vous un peu de sagesse”.
Le calme n’est jamais revenu.
“Très bien. Je suis monsieur Chuscht et je pense que certains d’entre vous doivent me connaître” (les étudiants: “non”).
“Je suis venu ici vous donner un cours sur la médiocrité, et vous me semblez plus que prêts à recevoir mon propos, je commence donc”
Il déroule un long papier qui était enroulé au dessus du tableau. Il dit que c’est une planche d’anatomie. Pourtant on n’y voit que la forme d’un homme très maladroitement dessinée, une silhouette, parcourue en son intérieur par un gigantesque tube, allant de la bouche au fondement, celui par lequel ça va.
Quelqu’un dans l’assistance demande quel est le rapport entre ce dessin et la médiocrité qui est tout de même le sujet de son cours et qu’on aimerait bien savoir le lien vu qu’on est venu suivre son cours , s’il voyait ce qu’on voulait dire.
Il répond sèchement: “vous êtes idiots, vous êtes impatients mais surtout vous êtes laids. Vous verrez bien”.
S’en suit encore une longue salve de sifflets qu’il ignore majestueusement.

III. Quelle heure était-il?

-”Vous Monsieur!”, il me montre du doigt.
Pris de panique “Oui?”
-”Serez vous d’accord avec moi pour dire en s’appuyant sur ce dessin, que l’homme, au fond n’est qu’un tube?”
Je n’aime pas être questionné, être dérangé de ma tranquillité toute tranquille, pour être exposé à la vue, aux oreilles de tous.
Aussi, je me suis fait des amis, capables de me souffler les réponses toutes faites de l’étudiant approximatif. Mais il n’y avait personne que je connaissais à côté de moi, seulement ce personnage encapuchonné qui frottait toujours son coude au mien par un mouvement nerveux
. J’étais perdu.
Un “oui” pâle et dégoutant s’est échappé de ma bouche. Etonnement dans la salle.
“Regardez votre camarade, tous, regardez le!
Cet homme est le plus intelligents de vous tous. S’il avait dit non comme la plupart d’entre vous l’aurait fait avec mauvais esprit, j’aurais du palabrer des heures durant pour vous faire reconnaitre cette vérité élémentaire, ce présupposé de tout mon développement ultérieur.
Cet élève est votre moteur, vous êtes des chevaux!.”
La salle se déchaîne, j’entends peut-être un pupitre se casser. L’atmosphère est électrique.
Sentant le danger potentiel de la situation, M. Chuscht met ses main en porte-voix et crie:
“IL VIENT DE VOUS FAIRE GAGNER 45 MINUTES”.

IV. Que faisait mon voisin de droite?

L’atmosphère se calmait peu à peu, peut être était-ce dû au départ, au désistement de nombre de mes camarades, je ne le savais pas, je ne me suis pas retourné.
M. Chuscht expliquait maintenant que l’être humain n’avait pas besoin de ses membres moteurs pour être considéré comme tel. On pouvait être un tronc et toujours être un homme. Au delà, ce n’était plus possible. L’indivisible de l’homme, son unité physique de base était le tronc, surmonté d’une tête. Je trouvais cela assez sensé, je divaguais.
J’avais moi même connu une femme tronc, qui était très humaine et même un peu plus. J’adorais la transporter et puis la poser et il y avait toujours la possibilité que je ne sois pas gentil avec elle et qu’elle ne puisse pas réagir.
C’est dans ce tronc, cet indivisible que s’inscrivait le tuyau, l’énorme tuyau qui nous traversait de part en part.
Lui:
“D’un trou la parlure, de l’autre la merdure, à chaque trou son déchet, l’un matériel, l’autre sonore mais les deux très concrets. Ils s’expriment. Et à chaque fois c’est un monde qui surgit.
Voyez vous je postule que notre société attend de l’homme moyen qu’il règle l’un sur l’autre. Qu’il soit raisonnable dans la gestion de ses déjections. Alors qu’au naturel, ils parlent d’eux même. Je postule que la société a créé la notion d’esprit pour réguler la fréquence de nos expressions corporelles. Je ne dis pas que je suis contre.”

V. Pourquoi M.Chuscht parlait-il de moins en moins fort?

“De ce tube des deux côtés s’echappe nôtre humanité, notre vivance. Généralement on appelle folie ou maladie, l’expression trop intense de l’une de nos extrémités. Loghorée, diarhée, sont les symptomes d’un tuyau qui à nos yeux ne s’est pas proportioné,ne s’est pas assez aérhée.
L’agent de l’ajustement de nos productions les unes sur les autres, je vais vous dire son nom, je l’appelle médiocrité. La médiocrité, n’est pas pour moi une notion floue qui signifierait la normalité excessive ou le manque de richesse évident d’une personne. Elle est plutôt cet organe mental, toujours présent en nous, qui bloque notre tuyau en son milieu pour s’assurer que chaque chose passe par le bon trou, alors qu’au fond, tout est possible. Elle transforme le rejet de l’intérieur de notre corps vers le monde objectif, en non-expression, en silence. On se remplit alors de soi même et le rejet change inévitablement de nature. Ce n’est plus du soi-même que l’on rejette vers les autres, c’est du soi même que l’on garde contre les autres, c’est aux autres qu’on en veut de ne pas être remplis de la même mélasse, de la même pate. Ce que l’on ne peut rejetter de soi même, on le symbolise dans l’autre, et voilà l’intolérance. La médiocrité est l’intolérance de nos organes entre eux que nous organisons.
La médiocrité est l’élément de base de toute gestion politique.”

VI.Quand finirait cette leçon?

Il semblait conclure:
“Au fond nous sommes tous des êtres médiocres, dans l’automutilation de nos besoins. Et le peu de personnes ayant remis en cause ces notions, ayant réussi à inverser, l’espace d’un texte, d’un son, d’un mot d’esprit, d’une minute fugace, la polarité de l’immense tuyau hiérarchisé que nous sommes, sont déjà fous pour nous, exclus de la communauté des gens de bien au moment même où ils le font. Mon conseil est donc le suivant, travaillez sur votre propre porosité et n’ayez pas peur d’exploser de temps en temps. Je concluerais sur ces mots de Roger Gilbert-Lecomte: “...Et maintenant notez cette définition d’universalité que je soumets aux zoologues : ce qui différencie le mieux l’homme de l’animal c’est la pipe.
D’habitude les élèves applaudissaient, cette fois ci grand silence. J’étais choqué, interloqué par cette fin de cours et n’arrivait pas à mettre mon corps en mouvement. Le professeur sort par la petite porte. Mon voisin de droite se lève, part. Sur sa table un texte était maintenant gravé et je compris que s’il frottait autant c’était qu’il avait transformé son stylo en stylet.
Le texte?
Chante mon organe mort-né
mon concubin borné
Ma belle, ma bonne moyenne
Que je deverse
sur les tables pourraves
des salles des cours
que je ne suis pas

Je n’ai pas de savoir
que le chanter
et peut être bien
qu’en léchant
je pourrais avoir
un jour la chance
de masturber
ma langue motrice.
Comme un facteur à velo affolé
par le dring dring
Toutes mes années
de critérium
de contre la montre
sans équipe
de course inlassable
vers l’intérieur du rang
que je ne peux pas atteindre.
Parce que je suis déjà mort
De l’intérieur.

Ensuite c’était écrit en plus grosses lettres
MC DUST vous encule tous.

Je suis sorti de la salle. Dans le couloir vide un homme passait le balais et il ressemblait étrangement à M. Chuscht. Il murmurait.
J’ai remis mes bottes, j’ai ouvert la grande porte. Je suis sorti à l’air frais et j’ai dévalé la montagne. Seul.

Posted in 1 by chucketnonchuck on décembre 8, 2009

Chuck s’en allant de chez sa mère à reculons.

Salò, ou du pouvoir au spectacle.

Posted in phan-thèsie by chucketnonchuck on novembre 23, 2009

Avant de lire cet article il faut : Voir Salò ou les 120 journées de Sodome, acheter du pain.

Après avoir lu cet article il faudra : essayer un sandwich Marx-Debord et ne plus jamais aller au cirque.

Salò, ou du pouvoir au spectacle.

‘‘Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés’’
Les Animaux malades de la peste

Il y aurait un chaos originel, une masse indifférenciée, des mouvements voués à ne jamais se répéter ou des membres sans articulations ; puis un premier ordre serait proféré et alors seulement viendraient la lumière, les régularités et les distinctions, par-là le début d’un système. C’est le pouvoir et son verbe qui feraient émerger, d’un grand désordre, des corps distincts, et, avec eux, la possibilité d’en parler…

C’est à un tel fiat du pouvoir que s’oppose Salò ou les 120 journées de Sodome. Ce film a tout pour plaire à l’amateur de paradoxes : le pouvoir s’y montre anarchique, la grande culture y produit l’extrême barbarie, l’amusement des uns s’y traduit par le calvaire des autres, des plans composés et harmonieux y montrent des ignominies chaotiques… Par-delà ces multiples inversions on peut, parmi bien d’autres choses, y lire une genèse du pouvoir. Ce court article voudrait répondre à la question : « Mais qu’est-ce qu’elle dit cette genèse ? »

Classiquement, le pouvoir s’oppose au désordre, il est ce qui transforme la multitude en peuple et ainsi crée un ordre, c’est cela même qui le justifie ; le pouvoir, nous dit-on, est à l’ordre ce que la cause est à l’effet, et l’effet justifie la cause. Alors pouvoir et ordre sont comme inséparablement liés et qui veut l’ordre veut le pouvoir. Mais affirmant cela on oublie que le pouvoir ne provient pas d’une entité abstraite et transcendante, extérieure au désordre que bientôt elle organisera. Bien au contraire : le pouvoir s’impose du dedans au désordre. Pendant un temps il en est même tout à fait indissociable. C’est pour ça qu’en un sens on peut dire qu’il n’y pas de pouvoir sans « révolution », sans désordre inaugurale ou violence permettant son imposition. C’est peut-être pour cela que la première scène du film nous montre que la loi n’advient pas du dehors au hommes, qu’elle ne se propose pas d’elle même : des hommes, et rien d’autre, rédigent le règlement du château. Par-là la loi n’a plus un fondement, une abstraite nécessité qui l’appellerait aux rivages de l’être, mais un acte de naissance, une origine empirique et contingente.

D’autre part la théorie classique du pouvoir, qui nous montre le pouvoir comme condition de l’ordre, oublie aussi qu’un pouvoir s’applique toujours sur des corps et que ces derniers, en tant qu’organismes, et en tant qu’individu, ont toujours déjà leurs propres ordres. Un corps vit, n’est pas une simple masse, a des besoins et envies qui s’organisent en un système de nécessités : il ordonne de manger à telle heure puis de dormir à telle autre etc. De même un individu a ses goûts – et dégoûts- ses préférences et ses peurs qui sont autant de d’ordres à peine prononcés. Bref là aussi un jeu de permis et défendus : un ordre.

Aussi un pouvoir jamais ne crée un ordre : il ne vient que perpétuellement en supplanter un autre, car il y a toujours, et au moins, celui du corps individuel : le pouvoir s’oppose à l’avoir-un-corps. Admis cela, le pouvoir n’est plus ce mal nécessaire qui toujours se doit d’accompagner l’ordre. Et ainsi séparé de l’ordre, le pouvoir va révéler la violence impliquée par son imposition. Aussi si, à la manière de Pasolini, ce qu’on veut exposer n’est pas le fondement abstrait mais bien la genèse concrète du pouvoir -non pas ses conditions d’explication mais ses modalités d’exercice- alors ce qu’il faut montrer c’est cette violence inhérente à son instauration, ce fragment de nuit qui toujours doit le précéder. C’est ce que fait Salò ou les 120 journées de Sodome.

C’est sur trois champs que s’exerce le pouvoir dans Salò, trois champs que la violence investit : le champ des énoncés où elle est blasphème, le champ du visible où elle est profanation, et le champ des corps où elle est transgression. Comprendre la violence du pouvoir qui s’institue implique qu’on différencie bien celle-ci de ces voisines : la brutalité et la puissance. Brutaliser c’est contraindre, c’est aller à l’encontre d’un interdit implicite ou explicite, et en ce sens brutaliser c’est toujours nier une règle. La puissance est un possible individuel, la possibilité pour celui qui la possède d’imposer sa volonté. Néanmoins elle n’est pas encore le pouvoir. La violence est bien plutôt cette possibilité mais actualisée. La puissance permet le pouvoir alors que la violence l’effectue, le rend réel. Bien-sûr les corps dans Salò sont brutalisés, contraints ; de même la violence n’est permise aux quatre dirigeants qu’à condition qu’ils possèdent une certaine puissance ; pourtant ni la puissance ni la brutalité n’expliquent ce qui se passe exactement dans le château.

Par exemple, à un moment donné, le duc brutalise l’un des prisonniers en le forçant à se mettre nu. Ainsi il nie l’une des règles du champ du visible : il veut montrer ce que d’habitude l’on cache, il y a brutalité. Ici on pourrait croire que c’est parce que le jeune homme est tout nu qu’il est violenté, que c’est du fait de cette seule nudité qu’il y a profanation. Mais ce n’est pas la simple brutalité qui viole : c’est bien plutôt l’imposition de cette brutalité. Or si cette brutalité est imposée c’est parce qu’il y a plaisir pris à celle-ci. Car les dirigeants n’ont absolument pas d’autres fins qu’eux-mêmes. C’est ça l’anarchie du pouvoir. Le pouvoir ne s’exerce non pas comme un droit à la brutalité mais comme plaisir pris à cette dernière. La violence du pouvoir est ce goût pour le désordre se faisant, pour ce moment précis où l’ordre précédent sera nié. C’est là que réside la violence du pouvoir s’instaurant : dans la jouissance de celui qui, imposant un ordre, forcément transgresse celui du corps individuel et le supplante.

Quoique cela ne soit pas tout à fait vrai : ce n’est pas en voulant imposer son ordre que le pouvoir est obligé de transgresser le précédent. Renversons la proposition : disons plutôt que c’est en jouissant de la transgression de la règle que le pouvoir en crée une autre. C’est en détruisant des règles que la violence en construit, la volonté de plaisir vient avant celle de l’ordre. La règle disait : « tu ne te montreras pas nu ». Le pouvoir dit : « montre-toi nu car il y a là mon plaisir » et cet impératif devient une nouvelle règle. Mais très vite le pouvoir se lassera aussi de cette règle car il n’existe -ne s’exerce- que comme transgression ; aussi aucune règle ne peut lui convenir. Sauf une peut-être : celle de l’excès, celle qui oblige au dépassement perpétuel de la mesure ou de la règle que l’on s’est fixé. Ce pourquoi après avoir signé le règlement du château l’un des dirigeants peut dire : « Tout est bon qui est excessif »

Ce goût pour la brutalité ou l’excès se retrouve tout au long du film : volonté, lors « du dîner fécal », de faire manger ce que d’habitude le corps expulse. Transgression. Volonté, lors du « concours du plus beau postérieur » de faire que le jeu soit dangereux et non, comme à l’habitude, léger ; volonté, au contraire et lorsqu’une des prostitués raconte l’assassinat de sa mère, de dire avec légèreté ce qui d’habitude se dit gravement. Blasphème. etc.

La violence qu’est le plaisir pris à l’excès enveloppe toujours un paradoxe : elle veut toujours nier un peu plus la règle, car c’est là qu’il y a son plaisir, mais ne peut pas la nier absolument, la détruire, car il n’y aurait plus de règle et plus de plaisir à la nier. Autrement dit la violence réclame toujours une négation plus intense tout en même temps qu’elle doit, pour maintenir la règle, poser ses propres limites. En ce sens elle porte toujours en elle-même une contradiction. Ce pourquoi le fantasme de la violence c’est d’abord une transgression qui pourrait se répéter à l’infini, qui annulerait cette contradiction :

(avant le concours de fesses) :

« Plus monstrueux que l’acte du sodomite est l’acte du bourreau…

-C’est vrai, mais l’acte du sodomite peut être répété encore et encore »

ou encore : ( au gagnant du concours ) :

« Ne sais-tu pas nous avons l’intention de vous tuer mille fois? »

Ce premier fantasme est-il le seul moyen de résoudre la contradiction de la violence ? Peut-être pas…Quoiqu’il en soit pour que l’excès reste excès, au fur et à mesure du film devront progresser les plaisirs. Mais durant le film un autre progrès se dessine : l’intériorisation de la violence. Les dirigeants se brutalisent de plus en plus souvent eux plutôt que leurs sujets. Comme s’il y avait donc plus de plaisir à se violenter soi plutôt qu’un autre. Ce n’est plus une prisonnière qui doit manger des excréments mais le juge qui se fait uriner dessus. Ce n’est plus deux captifs forcés de faire l’amour mais les dirigeants se mariant avec d’autres prisonniers. Petit à petit la violence investit un peu plus le corps des dirigeants ; comme si la violence avait à se retourner contre elle-même.

Tout à l’heure, nous avons vu que le pouvoir sur le corps s’opposer à l’avoir-un-corps. L’intériorisation de la violence serait alors une sorte de désincarnation, un moyen de ne plus habiter son corps, peut-être de s’en libérer. Mais pourquoi vouloir s’en libérer ? Car il s’agirait d’un autre moyen de résoudre la contradiction : plutôt qu’avoir une victime immortelle, ne faut-il pas être un bourreau sans corps, ou plutôt, qui toujours change de corps ? Ce ne serait plus la même main qui voudrait brutaliser jusqu’à la mort et en même temps maintenir en vie. Le bourreau se dédoublerait de sorte à séparer ce qui, en lui, jouit de la violence, et ce qui effectue cette violence : son corps. La résolution de la contradiction n’est plus le fantasme d’une brutalité infiniment répétable mais celui d’un bourreau à chaque fois différent, n’habitant plus jamais son corps. Ainsi l’aboutissement de la violence est la représentation : un pouvoir, pur voir, jouissant de la souffrance, mais lié à aucun corps. Une vision qui montre mais ne touche pas, demeure distante, objective, et qui peut contempler sans être impliquée, voilà la figure finale du pouvoir. Lors de la dernière scène -et donc au plus haut du plaisir- le duc ne fait plus que regarder, avec des jumelles, la torture des prisonniers. Et alors on comprend pourquoi les hommes de pouvoir, les jouissants, depuis le début, ne sont pas les puissants, ceux qui frappent. Pourquoi les dirigeants ne sont pas les militaires. Pourquoi les dirigeants se doivent d’être infiniment séparés de leurs sujets, pouvoir les voir souffrir sans les toucher. Pourquoi le jeu du pouvoir ne peut s’achever qu’en spectacle.

Bon Sandwich

Posted in fiction théorétique by chucketnonchuck on novembre 19, 2009

Chuck est un personnage conceptuel à même d’intégrer ses propres contradictions. De sorte que Chuck est TOUT y compris ce qu’il n’est pas. L’idée de Chuck déborde le corps de Chuck. Ça le remplit de mélancolie parfois…

Quand dire c’est se faire faire.

Posted in fiction théorétique by chucketnonchuck on novembre 19, 2009

I.

Figurez vous cet homme, celui là, qui son calembour à peine fait, savoure. Savoure.
Il tourne sa langue dans sa bouche comme à la recherche d’un bonbon toujours-déjà là.
Cet homme, laissez moi le dire ici, oui cet homme est un pervers.

Et le plaisir qu’il exhibe et qui ne vous apparait que comme autosatisfaction bénigne est en fait d’une tout autre nature.Mes amis ressaisissez vous!!!!!Car, il faut bien que quelqu’un vous le dise:

CET HOMME EST UN PERVERS IL VIENT DE VOUS BAISER
Et maintenant.
Vos tympans déjà conscients du dommage, subliment la douleur qui certainement les reprendra plus tard. Ils sifflent.
FIIIIIIIIIIIIIIIIII
Quelle honte! Votre corps l’a senti, vous non.

II.

Par curiosité toutefois et pour mettre un terme au sifflement vous vous tournez vers votre voisin de droite. Vieux, étrange, gris fumée, il est particulièrement précautionneux lorsqu’il vous répond comme s’il vérifiait le poids de ses mots sur sa langue avant de les sortir.
Vous: “que vient il de se passer?”
Lui: “on vous l’a déjà dit plus haut, vous venez de vous faire baiser!”
Autour de vous les conversations reprennent avec ce rythme si particulier, en triolet, 92 bpm sur une mesure de 4 temps. Ta ta ta, Ta ta ta, Ta ta ta, Ta ta ta.
Avec mimétisme vous vous saisissez de la même précaution que lui en lui adressant la parole.
Vous: “Mais comment?”
Lui, presque chuchotant maintenant: “je n’aime pas entrer dans les détails sordides, cessons tout de suite cette conversation”.

III.

Le mal de tête vous prend sans vous surprendre, le sifflement de vos oreilles devait inévitablement conduire à ça.
Vous êtes maintenant silencieux, résigné.
Vos yeux prennent le relais de vos trous râlants. Vous observez.
La table est ovale, chacun dispose d’un verre Ikea, il y a une vingtaine de convives, tous boivent du vin sorti d’une même carafe qui ne semble jamais désemplir.
La vieillesse est un signe de ralliement, comme un étendard. Plus on est vieux, plus on le montre.
LUMIERE PAUVRE ET BLANCHE.

IV.

Les bouches se meuvent, s’ouvrent, sans lyrisme.                                                    Elles sont comme des trous-hublots retournées vers l’intérieur,                              elles montrent l’intérieur.
Qui a parce que c’est l’intérieur quelque chose de terriblement vulgaire et indiscret, quelque chose qui pue.
Auditeurs, vous êtes des voyeurs, rhabillez vous!

L’odeur fétide des langues frottées au vin, râpeuses, sans salive vous atteint. D’ailleurs vôtre bouche n’est pas préservée.
Et vous tournez maintenant les yeux comme si c’étaient vos narines que vous cherchiez à protéger.
Sur le mur, une planche d’anatomie, un homme comme coupé en tranches . En dessous écrite sur le mur au marqueur, une légende:
“LA MÊME GRANDE MUQUEUSE”.
Cet graphie est celle d’un étudiant, vous allez bientôt en avoir l’intuition.
Vos oreilles sifflent de plus belle puis ce vacarme s’arrête nettement. Dormez-vous?

V.

Vous voici maintenant sorti de votre torpeur, l’encéphale tout engourdi du sommeil (était-ce du sommeil?) qui vous a pris par surprise.
La table s’est vidée de ses convives, elle semble minuscule, autour de vous cinq personnes débattent encore.
Il vous faut partir, vous le savez, rien ne peut durer indéfiniment. Vous foncez, comme propulsé par un grand pet, et le dehors.
Le couloir, ses murs en briques, les graffitis, rien de tout cela ne vous est étranger.
Sur le parvis quelques visages, plats, lisses, exempts de toute passion se font face. Vous les dépassez au moment où le bourdonnement reprend dans vos oreilles.
La tête tourne et voici un visage différent, marqué, c’est lui, l’homme du calembour. Il porte un chapeau qui monte assez haut dans les airs avec une base tubulaire qui s’enfonce sur son front. Autour de lui, une ronde, une danse, accompagnée d’une chanson, vous n’en percevez que des bribes. NA NANA NANA . Air circulaire. Vous approchez, mû par on ne sait quelle rancune, la musique parmi les acouphènes se fait plus distincte, elle tourne, à l’image des danseurs fous qui l’entourent. NA NANA NANA .
L’homme sourit de sa popularité, comme exalté par cette foule qui le célèbre.
Ils chantent: “Cet homme est un linguiste, sa langue est faite de bites”. Pas d’autres paroles.

VI.

Vous vous êtes déjà enfui de ce parvis, de cette danse, de ce rituel, de cette transe. Vous faites désormais face à l’image pieuse d’un homme de la rue, clope au bec, tête sur les épaules, béret sur la tête.
“Un homme comme on en fait plus” songez vous.
Il sent le cigarillo, cette odeur d’une pesanteur presque organique. L’odeur des poumons du passé.
Il regarde par la longue vue le spectacle dont vous venez de vous échapper. Il dit: “putain de saleté”.
Il a un cheveux sur la langue. “Putain de ssschaleté”, sa langue sort de sa bouche sur son “s” mal formé, le “s” de sexe pourquoi pas et vous la voyez là aussi.
Cette langue. Cette bite. Cette muqueuse.

VII

Il vous faut, à présent que vous êtes dans le confort d’un fauteuil moelleux, chez vous, un sac de glace apposé sur le crâne, conclure quelque chose de tout cela, donner un sens à votre aventure en somme. Transformer ce vécu en histoire. Adjuvants, opposants, quête.
“Mon cul, on n’y voit rien”.
Vous pouvez seulement dire que tout le monde est fait de la même muqueuse.
Que tout le monde a un sexe sur la langue, à certains moments.
Que certains sont condamnés à le porter comme un fardeau, comme un boulet.
Que d’autres l’utilisent comme une arme.
Que les mots attrapent le sexe.
Que les mots figent le sexe qui est sur notre langue.
Qu’un sexe est un objet contondant.

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